Je venais d’arriver aux Pays-Bas. Un nouveau boulot, un nouveau pays, et pour faire les choses correctement, je m’étais acheté un beau vélo.
Une semaine après, je me réveille. La chaîne était toujours là. Le vélo, non.
Si vous avez vécu aux Pays-Bas, vous connaissez peut-être ce moment. Moi, j’étais surtout en colère. Et comme je suis un peu têtu, j’ai commencé à chercher ce que je pouvais faire.
Je pouvais racheter un vélo moins bien. Ou en acheter un qui me plaisait et payer une solution de protection assez chère. Sauf que les deux options m’agaçaient. Alors j’ai décidé de construire ma propre solution : un traceur GPS pour mon vélo.
Il y avait juste un petit détail. Je ne connaissais rien au hardware.
Je savais coder, mais concevoir un objet, son électronique, ses communications, son alimentation… c’était autre chose. Il allait falloir apprendre. Et forcément, quand tu commences à tirer sur ce fil, tu découvres tout ce qu’il y a derrière.
Je me suis retrouvé à étudier l’électronique, à écrire du code pour des composants, à comprendre les protocoles radio et le fonctionnement des antennes. Puis la gestion de l’énergie. Parce que c’est bien sympa de savoir où est ton vélo, encore faut-il que le traceur ait de la batterie.
Dans un ancien post, j’avais compté : 1 278 jours sur ce projet. Onze prototypes. Ça donne une idée de ce que j’entends par « construire ma propre solution ».
Et j’ai fini par le faire. Un traceur qui tenait un an sur une batterie. Au départ, je voulais résoudre mon problème de vélo. Entre-temps, j’avais appris à construire un objet connecté.
C’est cet objet qui m’a ensuite ouvert la porte d’un poste de chercheur en Internet des objets. Sans doctorat. J’ai passé deux ans à travailler sur la sécurité de la 5G.
Quand je raconte cette histoire, forcément, le raccourci est assez drôle : on m’a volé mon vélo, je suis devenu chercheur. Entre les deux, il y a quand même eu un peu de boulot.
Ce qui me plaît dans ce parcours, c’est que je n’avais pas choisi le GPS pour décrocher ce poste. Je voulais un truc qui fonctionne pour moi. Je me suis intéressé au problème, puis à tous les autres problèmes qu’il fallait comprendre pour le résoudre. Et ça m’a emmené ailleurs.
Je ne suis pas en train de vous conseiller de passer des années sur chaque objet qu’on vous vole. Mais si vous avez un projet qui vous revient régulièrement en tête, même un peu bizarre, il mérite peut-être que vous essayiez quelque chose.
Vous n’êtes pas obligé de savoir où ça va vous mener avant de commencer. Moi, à ce moment-là, je voulais surtout retrouver mon vélo.